08-04-04

Les petits chocolats



Fred a reçu Thierry pour un entretien sur la pornographie et l'art, en vue de l'exposé que prépare Thierry dans le cadre de ses études de psychanalyse. J'avais le droit d'assister à l'entretien à la condition de... me taire. C'est Fred l'artiste, pas moi. Moi, je ne suis qu'un pauvre écrivain, d'une ingénuité sans pareille... Cette condition m'amusait et m'intéressait beaucoup. Parce que là seulement, Fred artiste utilisant la pornographie et répondant aux questions de Thierry, l'après-midi pouvait être fructueuse et efficace. Et de plus, cela me fait aller dans une nouvelle modalité d'être pour moi, que j'ai grande envie d'explorer. Vu que je me sentais entre de bonnes mains.
J'avais un fort désir d'écouter ce qui allait se dire là. Je crois que je suis arrivée à me taire, une véritable performance en ce qui me concerne. Tout cela m'a beaucoup plu, et ce qui s'est dit, et de me taire, et la situation en elle-même. Enfin, j'avais le droit de parler quand on me posait une question, si ces Messieurs avaient besoin d'un nom ou d'une date qui leur échappaient. Enfant, je me taisais souvent, en visite ou quand mes parents recevaient. C'était la "bonne éducation". J'aimais beaucoup me taire alors. Me taire et ne pas bouger, et ne pas manger tous les chocolats présentés (pas d'un coup). (Au fait, hier Thierry a apporté d'excellents chocolats.) Parce qu'alors, avec ce soupçon d'ennui au-dessus de ma tête, moi toujours occupée par ailleurs, qui ne m'ennuyais jamais, la rêverie me tombait dessus, m'emportait souveraine dans ses méandres, pimentée ça et là par les bribes de conversations qui filtraient. J'aimais beaucoup quand nous allions chez mon oncle et ma tante Angélique. Elle, âgée mais sans une ride, ne parlait pas non plus, elle souriait, elle avait l'air toujours aux anges (elle avait été "folle" dans sa jeunesse). Lui, il disait des poèmes, il était "philosophe" comme on dit dans le langage courant et je pense que ça été l'un des premiers, sans que je dise grand chose, à mon regard peut-être, à m'avoir repérée. Mais hier, pendant ce passionnant entretien sur l'art et la pornographie, je ne rêvassais pas, parce que j'écoutais de toutes mes noneilles. Disons que la rêverie venait se superposer à mon attention, puisque je n'avais pas à prendre part, à réfléchir. J'ai l'impression que Thierry aime bien quand je ne réfléchis pas. Pour lui, les écrivains n'ont pas à penser. Et cette vision me questionne et me fait penser et rêver à la fois... Il y a un film porno que j'aime bien, La prison des supplices, l'un de ces films porno fait par une femme et produit par Lars von Trier. Après l'entretien sur la pornographie, sans doute Fred et moi, satisfaits et tendus, avions-nous besoin de... nous détendre. Et nous avons fait un marathon de marche fort vivifiant, allant chercher livres et DVD. Fred choisit Belle de jour, vu il y a longtemps et dont je gardais un souvenir très ému. La magie a opéré de nouveau en le visionnant cette nouvelle fois. C'est beau, cela me touche ce masochisme de femme, non pas le masochisme en tant que perversion (je n'ai rien contre ça bien entendu) mais ce masochisme subtil, ténu, qui fait proprement partie du féminin, de la volupté de femme, je veux dire. Avec cette journée bien remplie, la soirée s'est fort bien terminée...
A midi aujourd'hui Philippe m'a appelée pour me dire qu'il était de retour. Je le reconnais tout de suite à sa voix de soleil. Un je ne sais quoi d'éteint pourtant aujourd'hui dans son timbre. Et puis, très vite, j'ai appris pourquoi: "ces fumiers d'institution ne m'ont pas donné la bourse (pour Bil Bo K), dis-le dans ton blog!", m'a-t-il dit en riant. Je connais l'énervement de ces types de refus. Le mieux est de foncer dans d'autres directions je crois... Après, après, on verra.
Je suis contente parce que ce matin j'ai bien avancé mon roman. Toujours la même scène. Je me sers de ce que j'ai déjà écrit comme cannevas. Je lui ajoute d'autres éléments, d'autres personnages, rend cela plus émotionnel, chaotique, complexe, réel.... De plus en plus loin, dans ce domaine, de mes premiers romans avec leurs personnages désincarnés(même s'ils passent leur temps à faire l'amour), romans où l'on est dans le moteur central, avec une présentation d'actions sous forme de rituels. Maintenant, loin des rituels, nous avons une vision d'ensemble plus large, avec toute la chair autour du moteur central. Et le monde alors s'inscrit dedans avec.

Posté par frederika à 18:09 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Les petits chocolats

    Des chocolats au soleil

    Sexy, ces photos de chocolats et ce que tu nous dis aujoujourd'hui...
    La moiteur de l'air me rend langoureux mais n'altère pas le plaisir de suivre tes pensées. Au contraire!

    Posté par pascal, 09-04-04 à 13:22 | | Répondre
  • Si content de te lire...Ca me manquait.
    Sur ton allusion à la bonne éducation, juste un mot:
    "Attache tes cheveux, mets un chapeau et tes gants ma fille..."
    c'est la première fois que j'entends que tu qualifie tes personnages de désincarnés, dans tes premiers romans.

    Je dois relire le Majordome qui m'a marqué...Surtout.Je ne sais pas pourquoi.

    Il c'est passé quelque chose dans A.Francoeur, au milieu je crois, c'est comme ça que je l'avais senti d'ailleurs, un changement de timbre de voix.

    L'occasion d'y retourner, non?

    Posté par taryck, 09-04-04 à 21:41 | | Répondre
  • Chair, émotions...

    Oui Taryck, il s'est passé quelque chose dans "Apolline Francoeur". En tout cas, pour moi, pour l'écrire, j'avais fait une nouvelle chose: m'ouvrir à l'émotionnel, aux affects. Que ce soit vers le milieu du livre que tu l'aies senti m'intéresse beaucoup. Je ne saisis pas où exactement ni, surout, pourquoi. Cette circulation de l'émotionnel je l'ai mise à ma convenance, la canalisant : pas d'états d'âme. Je déteste toujours les états d'âme. Ce ne sont que de leurres, à prendre juste pour des signaux tout au plus.
    Oh oui oui relis-moi! )
    Moi aussi je suis contente de te lire de nouveau ici!
    Frederika

    Posté par Frederika, 10-04-04 à 10:51 | | Répondre
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