14-05-05
TAKASHI MIIKE
Dans le roman, le saut temporel s'est réalisé. Un casse-tête vécu
très agréablement, j'y étais si bien plongée, rien pour m'en distraire
(ce qui me semblait jusqu'alors comme du repos par rapport à mon
travail n'en devenait plus que distraction et facteur de troubles en
fait). Le glissement des temps se fait en douceur, imperceptiblement,
les actions se poursuivent, se dissolvent dans les différentes strates
du temps. Le temps asiatique, c'est mon mode. Ni linéaire ni
circulaire. L'introduction du troisième personnage est réalisée avec
bonheur. J'y suis revenue maintes et maintes fois, la structure du
temps, le troisième personnage, et si bien concentrée que maintenant je
désire vivre dans mon roman! Il pleut, j'écris, au cou mon nouveau
pendentif en trois parties, les trois formes mathématiques primordiales
avec des pierres que je n'avais encore jamais portées et que je ne
connaissais même pas.
Les fêtes et mes amis vus ces jours-ci, loin
de me déconcentrer de l'écriture, m'y remettent encore plus
profondément chaque jour. Loin du virtuel, dans le réel. Ce qui remet à
sa juste place la dimension du Rêve. Rêve restant dans la sphère-Rêve,
qui ne s'abâtardit pas à mi-chemin en passant par la virtualité
(imaginaire, fausseté au sens lacanien), il se noue étroitement,
intimement, délicieusement, orgasmatiquement au Symbolique et au Réel.
Le trio nodal s'accomplit à chaque seconde, dans le cours de la
transformation. On ne veut rien saisir, rien prendre, ni crainte ni
espoir, tout est déjà en train de se passer...
Jeudi 5,
retrouvailles avec Manu chez lui, grand plaisir de le revoir, de parler
aussi de préhistoire dont il est spécialiste. Il m'a très gentiment
prêté un livre sur la naissance de l'art au paléolithique que je viens
de finir.
Jeudi 12 chez mes délicieux amis brésiliens, Beatriz et
Guilherme, j'ai rencontré (c'était le but de cette soirée) un lecteur
brésilien, aimant, de Virginité, traducteur; c'est son ami
Guilherme qui lui avait transmis le livre, pensant à juste titre qu'il
allait l'aimer. Il a le désir de le traduire. Quelle étrange,
passionnante chose que de rencontrer un lecteur de si loin, Leonardo.
Et si vivant et animé. Et dès le début, les pendules furent par lui
remises à l'heure, car il m'a dit qu'il était toujours difficile de
parler d'un livre qu'on a aimé à son auteur, de crainte de tomber à
côté. De crainte que ce qu'on a trouvé formidable, disant pourquoi,
l'auteur ne vous réponde : mais non mon vieux, ce n'est pas ça du tout.
De crainte aussi de voir tomber la magie de l'impression de lecture.
C'est la première fois qu'un lecteur me dit cela, les autres inventent
toujours mille prétextes. Et moi d'emblée j'aime cette franchise et
cette clarté. Bien sûr aussi le lecteur ne veut pas se dévoiler
lui-même, car dans sa lecture, il se montre lui. Moi ce que j'ai vu en
lui, c'est sa bonne compréhension du livre, y voyant l'importance de sa
structure, le déploiement quasi-mathématique d'une logique (et c'est
vrai que la construction de ce livre fut un véritable casse-tête, ne
pas s'enfermer dans la logique surtout fut bien difficile). Et son
désir aussi de vivre en somme, pour une part, ce que vivent les
personnages du livre. Ce monde à part où ils sont, à la fin du livre,
comme l'a pointé Guilherme en parlant dans le livre de son passage
préféré, quand on voit qu'existe aussi parallèlement le monde
extérieur, normal, on se dit qu'alors on peut aussi s'en extraire,
vivre comme eux, cela met de la réalité... Et nous avons bu, bu,
l'alcool brésilien, quarante-cinq degrés qui passent et enivrent bien,
apporté de Brasilia par Leonardo.
Vendredi 13, si bonne
après-midi avec Pierre et Marketa, on peut parler de tout, les strates
sérieuses et frivoles se chevauchent, se mêlent avec bonheur.
J'ai
rendu à Pierre les quatre carnets de ses poèmes qu'il m'avait passés
pour que je les lise. Une sorte de journal sentimental qu'il tient
depuis des années. J'aime beaucoup beaucoup ses poèmes. Les artistes
peuvent tout faire, c'est charmant! Seule petite ombre au tableau,
jeudi aussi bien qu'hier, la petite maladie de mon nounours en forme de
coeur (F.).
Parlé aussi au téléphone avec mon ami Philippe B., pas eu le temps encore de se voir, besoin d'entendre sa voix, pour écrire...
Dimanche
8, réalisation du site de Dorine Muraille (qu'il faut encore peaufiner
et bientôt en ligne). Surprise à mon réveil de la sieste, suite à la
veille avec lui, ce fut fait en quelque deux ou trois heures, la
communication entre lui et Fred passant impeccablement. Pour le site,
il a pioché deux images que Fred venait de faire comme ça. C'est
marrant... J'ai envie de faire avec Pierre et Marketa une "soirée
asiatique". Quand j'ai dit ça hier, Pierre et Fred ont eu le même
silence et la même expression perplexe, comme si cela les plongeait
dans une série fantasmatique, quel rire! Je travaille maintenant avec à
l'esprit bon nombre de films japonais, chinois, coréens...
Et
surtout les quelques que j'ai vus de Takashi Miike que j'adore, c'est le
plus grand! (Et lui-même bien sûr est fort beau de sa personne, très
magnétique, ah! comme il me plaît!) Gozu est un film sur le
trio magnifique, mais seuls ceux qui savent déjà... peuvent comprendre.
Je voudrais entreprendre une étude sur Takashi Miike. Mais soit je le
fais simplement soit je la fais seulement de manière plutôt
inconsciente, ne l'inscrivant pas noir sur blanc, l'englobant dans la
fabrication de mon roman, comme je le fais pour ce que je vis
actuellement de fort.
Commentaires
Bonsoir,
Il est très agréable de vous lire...
Continuez ainsi...
Bonne soirée



