MON ENFER
C'est la deuxième fois que, lisant mon écriture, au sujet de l'art, quelqu'un pense que je suis un homme. Cela arrive souvent, au début. Fred artiste et moi écrivain, les deux sexes, ça se mélange. Et les gens pensent à toutes les solutions (certains mêmes vont jusqu'à la transsexualité), sauf à la plus simple, la plus évidente. Et même si on dément, ils y croient encore; le fantasme étant tout-puissant. Cela prouve que la relation Fred/Frederika n'est pas évidente, pas évidente dans le sens de la norme, de la convention. Mon double, mon frère jumeau, moi-même, en même temps que l'Altérité absolue.
Identité, coupure, peur de se perdre. La division en soi. Au fond, peut-être que l'angoisse de la mort est aussi la figure sous laquelle se présente à soi l'irréductible distance entre soi et soi.
Mais... quand on fait l'amour, cette distance entre soi et soi devient, pour un temps, absolument paradisiaque, comme si l'enfer, soudain, était apprivoisé.
Je me remets tout doucement de ma blessure... Peur encore un peu.
Cet après-midi visite de l'expo Pierre Molinier. Se guérir de l'avanie du monde par les chamanes. L'art est chamanique ou n'est pas. Duchamp dit que c'est le seul domaine à faire sortir de l'animalité parce que lui seul permet de vivre hors de l'espace et hors du temps. Eh bien, chamane, c'est ça.



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