LA MAGICIENNE

Libération de Dachau. Photo: Lee Miller
Virginia Woolf. Photo: Gisèle Freund
Pour mon meilleur ami j'ai pris des bas noirs et des porte-jarretelles, ce n'est pas pour lui, j'ai acheté ça parce qu'il avait envie de les offrir à d'autres, aux autres, à l'Autre. Il ne m'avait pas dit clairement qu'il voulait faire ça, l'ayant laissé clairement entendre. Une charmante amie m'a offert une anthologie de poésie japonaise, et cela tombe à pic, j'en avais envie. Au travers des siècles, et l'écriture est venue relativement tard, la poésie japonaise reste troublante d'apparente simplicité. Aucune psychologie métaphysique ou pas, un élan et des troubles directs qui chavirent le coeur, comme si toute la tête et tout le corps devenaient coeur aussi. Une sensualité de chaque seconde.
Peu à peu, je reviens à mon travail, mon écriture de vie... L'autre jour, la violente averse sur les feuillages touffus, les pieds trempés dans les sandales, avec les senteurs des épices, je me croyais en Asie. L'angoisse au fond de moi est maintenant tapie comme une araignée qui attend son heure pour partir définitivement. L'angoisse de mort est la plus simple, l'on peut dire que c'est la simplicité même. Quand on est revenu du désir. Angoisse et jouissance sont les deux seuls champs à procurer le sentiment de la Certitude. La certitude est quelque chose de très difficilement supportable... L'incertitude par contre du désir, bien que ce soit facteur de troubles, est rassurante. Et la Princesse Awata a écrit:
J'attendrai la lune
Pour revenir à la maison
L'orange rouge
Piquée dans mes cheveux
Sera visible à sa lumière.
Nous savons qu'elle est morte en 764.
Comme j'aime ma solitude et ce que j'écris! D'un amour trop violent, passionnel, qui pour une fois, me paya directement de retour pour me faire tomber, exalter, dans une angoisse qui aurait pu être mortelle... Ono no Komachi, poétesse connue pour son talent, sa beauté et sa vie sentimentale malheureuse, a vécu au 9ème siècle. Ce petit poème, et la poésie japonaise affectionne la forme brève, est d'elle:
La pluie du printemps
Tombe d'abondance dans les marais
Sans aucun bruit.
Ainsi ne sont connues de mon aimé
Les larmes dont j'inonde ma manche.
Les photos de Pierre Molinier, vues avant-hier, sont en vrai toutes petites. Et frappantes. On sent le mec, qui est là, vivant. Ses poses ne sont pas des poses, et son masque n'est pas un masque. Mais des voiles par lesquels le monde invisible se montre à nous. Il l'a pétri pour nous, ce monde, pour lui-même d'abord en même temps que pour nous, là est le secret de l'art.... J'écris pour ceux qui peuvent comprendre et ceux qui peuvent comprendre sont ceux qui savent qu'il ne faut pas chercher à comprendre, ils n'en ont d'ailleurs ni le temps ni l'envie. Vivre est trop accaparant pour autre chose. Si les gens étaient vraiment vivants, s'ils s'occupaient exclusivent du métier de la vie, ils n'auraient pas le temps de faire leurs saloperies, de faire chier le monde. Mais penser cela n'est peut-être qu'une naïveté de plus de ma part... Le mal mauvais est sans raison, lui chercher des raisons c'est tenter de le justifier. Et si on cherche à le justifier c'est pour tenter de garder intact et pur ce qui ne peut pas l'être. Ma haine de la haine cause chez moi cette inclination. Que maintenant je dois combattre. Ma misanthropie de toujours m'y aidera. Sans venin ni crachat. Je n'aime que les venins et les crachats d'amour, compisser est aussi un acte d'amour. Me mêler au monde avec ma poésie pour seule arme.


Christine
Quand ? quand ? je répétais
mais celle que j'attendais
est enfin venue -
maintenant la connaissant
que souhaiter de plus ?
**
Le riz pour demain
dans l'écuelle de fer -
la fraîcheur du soir !
Moine Ryokan