NOTRE LA-BAS SECRET

Jacques Fabien Gautier d'Agoty

Jacques Fabien Gautier d'Agoty

Nijinski, L'après-midi d'un faune
L'important
ce n'est pas là où on va, c'est ce qu'on en ramène. Et ce qu'on en
ramène bien sûr dépend du bon choix de la destination, choix se
mesurant non pas à la recherche de l'exotisme, de la distance,
mais aux besoins immédiats, du moment. Je crois que pour nous ce qui
compte c'est de partir et d'aller là où il y a de la mer. C'est ainsi
que partis tout près, nous nous sommes retrouvés très loin, pour nous
retrouver nous-même, chacun et ensemble. Quittant tout ce qui
encombrait, la gêne, le parasitisme. Allant, sur son conseil, suivi
parce que correspondant aux besoins comme à l'envie du moment, trouver
pour moi une nouvelle mer, chose pas évidente pour moi si attachée à ma
mer primitive, la toute petite. Et là quand je dis "petite", cela me
concerne moi autant qu'elle. Nouvelle mer donc bien appréhendée cette
fois car je me disais, en chemin vers elle, que l'eau c'est toujours
l'eau, où qu'elle soit. Et si j'ai pu me dire cela c'est grâce à la
phrase de Maître Dôgen, ma nouvelle passion, nouvelle vision...,
(lecture proposée par un nouvel et invisible ami), disant que ce n'est
pas, comme le croient les imbéciles c'est-à-dire le plus grand
nombre, l'eau qui se trouve dans les mers, les fleuves, les
rivières mais que c'est dans l'eau que se forment fleuves, mers...
Basculement intégral, ravissement au sens premier du terme.
Et
là-bas j'aimais chaque matin avant de quitter la jolie chambre blanche,
lumineuse, (ah! la lumière de cet endroit où l'on baigne tout le temps
dans le ciel si présent), ranger les algues, bien les cacher durant mon
absence, les algues mises à sécher, et le soir, en rentrant, de les
déballer pour les remettre à l'air amoureusement. Je ne sais pas
pourquoi dans le fond j'avais ce besoin de cacher les algues quand nous
n'y étions pas... Et j'ai commencé alors à faire durant ce voyage, tout
ce que mon amant me demandait. De bonne grâce et tout de suite. Comme
de me déculotter devant l'église du village alors qu'il n'était que
vingt heures...
Et puis dimanche matin Philippe Bl., bien-aimé,
m'appelant tout serein de son endroit aussi fabuleux de vacances, à qui
j'ai dit nos promenades dans les dunes, s'est exclamé, sans que j'aie
eu besoin de lui faire un dessin, cette phrase que j'adore:"Ah! la
dune! La dune épouse le corps. Et le corps épouse la dune."
Voilà à
quoi on a joué. Magnifiquement travaillé. Et mon Fred si fatigué avant
de partir, trop longtemps empêché de créer, s'est mis à faire des
photos superbes pour son film. C'était un régal de le voir chaque matin
prendre son appareil.
Là-bas on a fait l'amour tout le temps et
d'une manière touchant la perfection je dois dire. Où l'élan
contemplatif et fusionnel, jouissance Autre, était concommitant aux
ébats de pur désir, déchirure et souveraine honte.
Nos hôtes aussi étaient charmants.
Je
prends bien soin maintenant de mon bien-aimé. C'est là ma tâche
essentielle. C'est étrange parce que l'écriture, en apparence venant en
second plan dans mon organisation quotidienne maintenant, y trouve
paradoxalement sa place première, je veux dire celle lui convenant le
plus parfaitement. Je suis une vraie petite mère. C'est extrêmement
beau et riche à vivre. Dimanche matin, je m'étais fait rien qu'à
moi-même cette réflexion. Et l'après-midi, en ballade, F. m'a dit:
"Quand on demandé à Truffaut s'il y avait, dans Jules et Jim,
une expérience personnelle, il a répondu qu'il a fait ce film pour
faire plaisir à sa mère." Voilà, il n'y a rien à ajouter de plus à ce
sujet. Pour le moment.
Nous ne faisons plus maintenant que rêver à
la maisonnette où ne nous n'avons pas logé encore, découverte là-bas au
fond du jardin.
J'en ai rapporté 7 pages magnifiques de mon roman.
Et ce n'est encore qu'un début! Et F. de nouvelles séquences
magnifiques de film. Et la musique est en chemin, je crois bien.
Ce
matin, j'ai travaillé Maître Dôgen. Dans lequel j'ai vu que dans le
rapport maitre/disciple l'on peut voir le secret de la vision. La
vision étant dans la vie la chose essentielle. D'elle, tout dépend.
Commentaires sur NOTRE LA-BAS SECRET
- bonbon mâlemal"Où baisserai-je ma culotte" dis-tu, voilà une bonne question! N'en plus porter, oui peut-être mais alors où passe le plaisir de l'ôter? Encore et encore, ne pas l'oublier. Et penser aussi à aller ailleurs, de la maman à la mer à la fois bonne et mauvaise, qui enveloppe et fouette...

Bien à toi.

chez maman sans amant sans ame et je ne suis pas dieu
et je n' ai pas lieu ;
ou baisserais je ma culotte ! il sera bon que je n' en porte plus ;qu' elle reste la .
a secher , attendant mon retour .