17-08-05

FUTONS TATAMIS ET VODKA

friedrich
Fred Fenollabbate, Friedrich, http://www.neurosex.com

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Derevo

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Chen Kaige, Adieu ma concubine

Bruxelles, jeudi,
Le lit derrière moi s'est moisi. Mais pas de mauvaises odeurs pour inquiéter mes narines, je ne suis plus là. Est-ce que c'est parce que j'ai un autre lit? Peut-être pas, parce que je voulais moi-même devenir un lit. LE LIT.
Alors si je ne sens pas la mauvaise odeur de l'ancien lit moisi, c'est que je suis partie de cet endroit. Et comme je ne me sens pas coucher par terre ni rester debout ni assise c'est que je le suis devenue, ce lit. Ce lit de la petite mer.
Quand j'ai vu la grande mer, j'ai compris.
Le dehors, maintenant, amour.
Le passé n'existe pas plus que le présent. Sans parler du futur. Tout est futur ou alors rien n'est. La vie est futur ou alors elle n'est pas. Habillée ou sans vêtements, je suis nue. Mais non, ce n'est même pas ça. Plus de différence entre quoi que ce soit. Pourquoi les Japonais depuis toujours sont-ils si modernes? Réponse: par le zen. On pourrait dire aussi par le jeu maîtrisé du signifiant. C'est pareil. On ne comprend rien au zen, à la puissance (la bonne car il y en a une mauvaise aussi, très mauvaise...) du signifiant, si on n'a pas rejeté tout ce qui constitue nos traditions, et mêmes celles de notre modernité. Je ne peux pas dire pourquoi je vous attends, étoiles filantes du zen, sinon pour la simple raison que je sais que vous êtes là. Et donc, voilà, je ne vous attends pas.
Hier, j'ai vu... le miroir du miroir. C'est une eau profonde, à la fois limpide et opaque comme le sont les yeux bleus de D. L. Car les yeux de D. L. (dé-aile) sont bleus mais je ne le vois pas. Glauques. Comme je suis glauque! Grande est la voie du glauque. Respirer comme on se déshabille est réservé aux initiés.
Prendre cette main qui n'a pas de doigts. Mais comment faire pour ne pas la briser entre mes omoplates folles qui crient dans la nuit blanche de cette Russie que je ne connais pas et que je rêve de plus en plus précisément, si précisément que je me suis rendu compte que je n'ai même plus à boire de la vodka. Alors oui, je comprends, j'ai bu pas mal de vodka pour fuir les petits Européens blancs. Il y a un marécage vaste, clair et profond au milieu de ma poitrine. Il est tiède. A l'automne, il battra peut-être pour toi. Ou te battra. Je ne cours plus. Après rien. Parce que rien, ça existe. Rien ne vient trop tard. J'ai mangé les yeux du crapaud: je suis assistante de réalisateur, inspiratrice de scénario, costumière et habilleuse (travail consistant à déshabiller plutôt et le plus tôt est toujours le mieux), maquilleuse... Faudrait que j'apprenne à tatouer et je tatouerai les acteurs comme il se doit, c'est mon secret. Mon coeur est une frontière.
Elle bat et donc elle n'est pas stable. Une frontière qui n'est pas stable ne peut être dignement appelée frontière. Une frontière se doit d'être stable. Mais alors si mon coeur est une frontière, qui ne l'est pas, qu'est-il donc?
Je ne voudrais plus ni rire ni pleurer. Entre les deux. Ce sourire pâle et aigu comme l'éclair.
Je veux dire qu'il y a mieux à faire que perdre et gagner. Je veux dire que là rien n'est à dire parce que tout est à faire. Et défaire. Et je vois dans un oeil déchiré par un store trop tôt baissé que là où je fends et bas en brèche, je n'y suis plus parce que le pouvoir n'est pas mon fort. Je suis beaucoup trop forte pour ça. Voir la zébrure de ma puissance n'est pas vraiment chose à craindre même si bien sûr c'est terrifiant. Et aujourd'hui, je ne sais pas quel jour de ce beau mois d'août de la cinquième année après les trois zéros, j'écris d'une main si sûre que c'est comme de la calligraphie. Me voilà devenue japonaise. Vive. Ardente. Nue. Lit.


Posté par frederika à 11:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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