14-04-05
CHEMIN DE L'IMMOR...

Kasimir Malevitch, Autoportait
Caravage, Le concert
Aleksander Rodchenko, Lili Brik
Sur le chemin de mon immoralité, tout est fluide, sans retenue superflue. Serein. Les plus forts tourbillons mêmes paraissent calmes. Quand tout le temps peut se jouir, il n'y a plus à quoi comparer, c'est pourquoi il prend cette teinte de douceur qui aide alors à bien se briser. Bien-être! C'est ainsi que pour tout le monde maintenant pourra se vivre l'immoralité. Avec des partenaires passionnés, pour lequel tout est fluide, rien n'engendre la peur, aucun temps mort n'existe.
Il n'y a aucune lutte à mener, aucune inhibition à vaincre.
Ayant dépassé le règne du perdre et du gagner. Ce n'est pas du jeu.
Le jeu se voit dans un panorama où des champs sont distincts: le travail d'un côté, le hors-travail de l'autre. Le chemin de l'immoralité ne se trace pas dans ce panorama.
Tout est travail parce que rien ne l'est. Et cela aussi parce qu'il n'y a pas de temps mort.
Le seul moment peut-être où je me repose maintenant c'est quand je dors. Et encore! Puisque là se dessinent la clarté des rêves. La veille, je les vis et le sommeil je les vois. Et quand momentanément s'interrompt le moment du délice de la fête, j'ai l'impression, devant tant de calme, de passion, de fluidité, que c'était comme un rêve. Alors je m'endors pour me reposer de ce rêve très fort de la veille.
La très dense actualité, elle seule, mène la danse. Pas de grand Autre, pas de modèle à quoi se référer.
Cinq jours après la mort de mon père, moi dans la mer, il était devenu l'eau de la Méditerrannée. C'était tellement bon... Maintenant pas de juge ni témoin devant qui répondre à l'appel. Appel et écoute sont mêmes. Le modèle a fondu.
Nous ne voulons même pas être un modèle. Seul surgit l'acte. C'est lui qui nous fait. Dès lors plus j'en fais et plus je suis reposée et calme, presque sans voir que le mal me brise. Brise la carapace. La tortue dessous n'est pas nue. Mieux que ça, elle est devenue acte.
Plus d'acteurs ni d'actrices. Si le monde a voulu être un théâtre, le rire et la fougue et les pleurs de la jouissance l'ont définitivement détruit. Bien fait pour lui, gniark gniark.
Chemin de l'immoralité, de l'immortalité, de la mort de l'amor. L'amour je lui crache dessus. Il meurt par définition dès qu'il naît. Je lui préfère ce qui n'a pas de fin pour n'avoir pas même de commencement: la passion. Que je n'ai pas choisie puisque je suis comme ça. Sans limites la Passion qui m'engendre.