Frederika Fenollabbate

journal intime d'un écrivain élaboré pendant l'écriture de son roman, ou: comment le quotidien se nourrit de l'écriture et l'écriture du quotidien

14-05-05

TAKASHI MIIKE

   

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Takashi Miike

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Andelicek

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Takashi Miike

Dans le roman, le saut temporel s'est réalisé. Un casse-tête vécu très agréablement, j'y étais si bien plongée, rien pour m'en distraire (ce qui me semblait jusqu'alors comme du repos par rapport à mon travail n'en devenait plus que distraction et facteur de troubles en fait). Le glissement des temps se fait en douceur, imperceptiblement, les actions se poursuivent, se dissolvent dans les différentes strates du temps. Le temps asiatique, c'est mon mode. Ni linéaire ni circulaire. L'introduction du troisième personnage est réalisée avec bonheur. J'y suis revenue maintes et maintes fois, la structure du temps, le troisième personnage, et si bien concentrée que maintenant je désire vivre dans mon roman! Il pleut, j'écris, au cou mon nouveau pendentif en trois parties, les trois formes mathématiques primordiales avec des pierres que je n'avais encore jamais portées et que je ne connaissais même pas.
Les fêtes et mes amis vus ces jours-ci, loin de me déconcentrer de l'écriture, m'y remettent encore plus profondément chaque jour. Loin du virtuel, dans le réel. Ce qui remet à sa juste place la dimension du Rêve. Rêve restant dans la sphère-Rêve, qui ne s'abâtardit pas à mi-chemin en passant par la virtualité (imaginaire, fausseté au sens lacanien), il se noue étroitement, intimement, délicieusement, orgasmatiquement au Symbolique et au Réel. Le trio nodal s'accomplit à chaque seconde, dans le cours de la transformation. On ne veut rien saisir, rien prendre, ni crainte ni espoir, tout est déjà en train de se passer...
Jeudi 5, retrouvailles avec Manu chez lui, grand plaisir de le revoir, de parler aussi de préhistoire dont il est spécialiste. Il m'a très gentiment prêté un livre sur la naissance de l'art au paléolithique que je viens de finir.
Jeudi 12 chez mes délicieux amis brésiliens, Beatriz et Guilherme, j'ai rencontré (c'était le but de cette soirée) un lecteur brésilien, aimant, de Virginité, traducteur; c'est son ami Guilherme qui lui avait transmis le livre, pensant à juste titre qu'il allait l'aimer. Il a le désir de le traduire. Quelle étrange, passionnante chose que de rencontrer un lecteur de si loin, Leonardo. Et si vivant et animé. Et dès le début, les pendules furent par lui remises à l'heure, car il m'a dit qu'il était toujours difficile de parler d'un livre qu'on a aimé à son auteur, de crainte de tomber à côté. De crainte que ce qu'on a trouvé formidable, disant pourquoi, l'auteur ne vous réponde : mais non mon vieux, ce n'est pas ça du tout. De crainte aussi de voir tomber la magie de l'impression de lecture. C'est la première fois qu'un lecteur me dit cela, les autres inventent toujours mille prétextes. Et moi d'emblée j'aime cette franchise et cette clarté. Bien sûr aussi le lecteur ne veut pas se dévoiler lui-même, car dans sa lecture, il se montre lui. Moi ce que j'ai vu en lui, c'est sa bonne compréhension du livre, y voyant l'importance de sa structure, le déploiement quasi-mathématique d'une logique (et c'est vrai que la construction de ce livre fut un véritable casse-tête, ne pas s'enfermer dans la logique surtout fut bien difficile). Et son désir aussi de vivre en somme, pour une part, ce que vivent les personnages du livre. Ce monde à part où ils sont, à la fin du livre, comme l'a pointé Guilherme en parlant dans le livre de son passage préféré, quand on voit qu'existe aussi parallèlement le monde extérieur, normal, on se dit qu'alors on peut aussi s'en extraire, vivre comme eux, cela met de la réalité... Et nous avons bu, bu, l'alcool brésilien, quarante-cinq degrés qui passent et enivrent bien, apporté de Brasilia par Leonardo.
Vendredi 13, si bonne après-midi avec Pierre et Marketa, on peut parler de tout, les strates sérieuses et frivoles se chevauchent, se mêlent avec bonheur.
J'ai rendu à Pierre les quatre carnets de ses poèmes qu'il m'avait passés pour que je les lise. Une sorte de journal sentimental qu'il tient depuis des années. J'aime beaucoup beaucoup ses poèmes. Les artistes peuvent tout faire, c'est charmant! Seule petite ombre au tableau, jeudi aussi bien qu'hier, la petite maladie de mon nounours en forme de coeur (F.).
Parlé aussi au téléphone avec mon ami Philippe B., pas eu le temps encore de se voir, besoin d'entendre sa voix, pour écrire...
Dimanche 8, réalisation du site de Dorine Muraille (qu'il faut encore peaufiner et bientôt en ligne). Surprise à mon réveil de la sieste, suite à la veille avec lui, ce fut fait en quelque deux ou trois heures, la communication entre lui et Fred passant impeccablement. Pour le site, il a pioché deux images que Fred venait de faire comme ça. C'est marrant... J'ai envie de faire avec Pierre et Marketa une "soirée asiatique". Quand j'ai dit ça hier, Pierre et Fred ont eu le même silence et la même expression perplexe, comme si cela les plongeait dans une série fantasmatique, quel rire! Je travaille maintenant avec à l'esprit bon nombre de films japonais, chinois, coréens...
Et surtout les quelques que j'ai vus de Takashi Miike que j'adore, c'est le plus grand! (Et lui-même bien sûr est fort beau de sa personne, très magnétique, ah! comme il me plaît!) Gozu est un film sur le trio magnifique, mais seuls ceux qui savent déjà... peuvent comprendre. Je voudrais entreprendre une étude sur Takashi Miike. Mais soit je le fais simplement soit je la fais seulement de manière plutôt inconsciente, ne l'inscrivant pas noir sur blanc, l'englobant dans la fabrication de mon roman, comme je le fais pour ce que je vis actuellement de fort.

 

Posté par frederika à 11:38 - Commentaires [1] - Permalien [#]


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