Frederika Fenollabbate

journal intime d'un écrivain élaboré pendant l'écriture de son roman, ou: comment le quotidien se nourrit de l'écriture et l'écriture du quotidien

09-06-05

LA MAGICIENNE

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Oscar WILDE

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Libération de Dachau. Photo: Lee Miller
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Virginia  Woolf. Photo: Gisèle Freund



Pour mon meilleur ami j'ai pris des bas noirs et des porte-jarretelles, ce n'est pas pour lui, j'ai acheté ça parce qu'il avait envie de les offrir à d'autres, aux autres, à l'Autre. Il ne m'avait pas dit clairement qu'il voulait faire ça, l'ayant laissé clairement entendre. Une charmante amie m'a offert une anthologie de poésie japonaise, et cela tombe à pic, j'en avais envie. Au travers des siècles, et l'écriture est venue relativement tard, la poésie japonaise reste troublante d'apparente simplicité. Aucune psychologie métaphysique ou pas, un élan et des troubles directs qui chavirent le coeur, comme si toute la tête et tout le corps devenaient coeur aussi. Une sensualité de chaque seconde.

Peu à peu, je reviens à mon travail, mon écriture de vie... L'autre jour, la violente averse sur les feuillages touffus, les pieds trempés dans les sandales, avec les senteurs des épices, je me croyais en Asie. L'angoisse au fond de moi est maintenant tapie comme une araignée qui attend son heure pour partir définitivement. L'angoisse de mort est la plus simple, l'on peut dire que c'est la simplicité même. Quand on est revenu du désir. Angoisse et jouissance sont les deux seuls champs à procurer le sentiment de la Certitude. La certitude est quelque chose de très difficilement supportable... L'incertitude par contre du désir, bien que ce soit facteur de troubles, est rassurante. Et la Princesse Awata a écrit:

       J'attendrai la lune
        Pour revenir à la maison
        L'orange rouge
        Piquée dans mes cheveux
        Sera visible à sa lumière.


Nous savons qu'elle est morte en 764.
Comme j'aime ma solitude et ce que j'écris! D'un amour trop violent, passionnel, qui pour une fois, me paya directement de retour pour me faire tomber, exalter, dans une angoisse qui aurait pu être mortelle... Ono no Komachi, poétesse connue pour son talent, sa beauté et sa vie sentimentale malheureuse, a vécu au 9ème siècle. Ce petit poème, et la poésie japonaise affectionne la forme brève, est d'elle:

       La pluie du printemps
        Tombe d'abondance dans les marais
        Sans aucun bruit.
        Ainsi ne sont connues de mon aimé
        Les larmes dont j'inonde ma manche.


Les photos de Pierre Molinier, vues avant-hier, sont en vrai toutes petites. Et frappantes. On sent le mec, qui est là, vivant. Ses poses ne sont pas des poses, et son masque n'est pas un masque. Mais des voiles par lesquels le monde invisible se montre à nous. Il l'a pétri pour nous, ce monde, pour lui-même d'abord en même temps que pour nous, là est le secret de l'art.... J'écris pour ceux qui peuvent comprendre et ceux qui peuvent comprendre sont ceux qui savent qu'il ne faut pas chercher à comprendre, ils n'en ont d'ailleurs ni le temps ni l'envie. Vivre est trop accaparant pour autre chose. Si les gens étaient vraiment vivants, s'ils s'occupaient exclusivent du métier de la vie, ils n'auraient pas le temps de faire leurs saloperies, de faire chier le monde. Mais penser cela n'est peut-être qu'une naïveté de plus de ma part... Le mal mauvais est sans raison, lui chercher des raisons c'est tenter de le justifier. Et si on cherche à le justifier c'est pour tenter de garder intact et pur ce qui ne peut pas l'être. Ma haine de la haine cause chez moi cette inclination. Que maintenant je dois combattre. Ma misanthropie de toujours m'y aidera. Sans venin ni crachat. Je n'aime que les venins et les crachats d'amour, compisser est aussi un acte d'amour. Me mêler au monde avec ma poésie pour seule arme.

Posté par frederika à 11:37 - Commentaires [1] - Permalien [#]


07-06-05

MON ENFER

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Pierre Molinier

C'est la deuxième fois que, lisant mon écriture, au sujet de l'art, quelqu'un pense que je suis un homme. Cela arrive souvent, au début. Fred artiste et moi écrivain, les deux sexes, ça se mélange. Et les gens pensent à toutes les solutions (certains mêmes vont jusqu'à la transsexualité), sauf à la plus simple, la plus évidente. Et même si on dément, ils y croient encore; le fantasme étant tout-puissant. Cela prouve que la relation Fred/Frederika n'est pas évidente, pas évidente dans le sens de la norme, de la convention. Mon double, mon frère jumeau, moi-même, en même temps que l'Altérité absolue.
Identité, coupure, peur de se perdre. La division en soi. Au fond, peut-être que l'angoisse de la mort est aussi la figure sous laquelle se présente à soi l'irréductible distance entre soi et soi.
Mais... quand on fait l'amour, cette distance entre soi et soi devient, pour un temps, absolument paradisiaque, comme si l'enfer, soudain, était apprivoisé.
Je me remets tout doucement de ma blessure... Peur encore un peu.
Cet après-midi visite de l'expo Pierre Molinier. Se guérir de l'avanie du monde par les chamanes. L'art est chamanique ou n'est pas. Duchamp dit que c'est le seul domaine à faire sortir de l'animalité parce que lui seul permet de vivre hors de l'espace et hors du temps. Eh bien, chamane, c'est ça.

Posté par frederika à 12:01 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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